Antoine Albeau et Marc Amerigo : le pari des 125 km/h en windsurf

Avec le Zephir Project, Antoine Albeau et Marc Amerigo veulent repousser les limites de la vitesse à la voile. Leur planche devient un laboratoire où se rencontrent l’expérience du rider, l’ingénierie et une ambition de circularité.

« On va péter des records. »

C’est ainsi que Marc Amerigo résume les premiers échanges avec Antoine Albeau. Au départ, une envie de vitesse et une liste des meilleurs spécialistes que les deux hommes connaissent. Ils vont les appeler un à un.

Mais Zephir Project prend rapidement une autre dimension. La planche devient un terrain d’expérimentation pour comprendre la glisse, améliorer les performances et imaginer du matériel plus responsable.

Un livre pour ses enfants, un nom qui revient

La rencontre entre Marc et Antoine commence par un livre. Marc raconte qu’il écrit pour ses enfants et retrace son parcours. Au fil des pages, il note le nom d’Olivier Ponrouch, surnommé Ponpon, avec qui il a travaillé pendant ses études d’ingénieur.

Olivier fabrique des ailerons et connaît Antoine, qui a déjà signé de belles performances avec son matériel. Marc récupère son numéro, l’appelle. Ils se rencontrent une semaine plus tard.

Le projet est lancé en 2020, en pleine période Covid. Les premiers essais en soufflerie arrivent rapidement. Au début, l’objectif est simple : aller vite et battre des records. Puis une question s’ajoute : qu’est-ce que cette quête peut apporter au-delà de la performance ?

Pour Marc, la planche à voile peut servir de laboratoire. Les enseignements tirés des essais, des matériaux et des données pourraient aider à concevoir d’autres équipements, sur l’eau comme dans l’air.

Antoine, du circuit à la recherche et développement

Pour Antoine, le projet arrive à un moment charnière. Il arrête la Coupe du monde en 2022. Les déplacements, les entraînements et les compétitions prennent beaucoup de place. Il a envie de ralentir le rythme et de passer davantage de temps auprès de sa famille, tout en continuant à travailler sur le matériel.

L’expérience ne lui manque pas. Il explique avoir consacré près de trente ans au développement de son équipement pour la saison suivante. Avec Zephir, il retrouve cette exigence, cette fois avec des outils scientifiques et une équipe plus large autour de lui.

Marc apporte un autre regard. Formé à Centrale Lyon, il a travaillé aux États-Unis sur la déformation des pales d’hélicoptère et sur la manière dont elle peut modifier les écoulements et réduire le bruit. Cette expérience nourrit aujourd’hui sa réflexion sur les voiles, les planches, les foils et les ailerons.

Les données donnent des pistes. Le rider tranche sur l’eau.

Pour comprendre ce qui se passe à très haute vitesse, l’équipe combine mesures embarquées, essais en soufflerie, simulations et sensations du rider. Antoine se souvient notamment des séances de motion capture, avec des capteurs sur le corps et le gréement.

Lui-même ne prétend pas décoder toutes les données. Il les laisse aux ingénieurs, puis revient sur l’eau pour tester. Marc résume cette boucle par une phrase :

« La data, c’est la réalité du terrain. »

Les simulations aident à formuler des hypothèses. Le test sur l’eau permet de voir ce qui fonctionne. Et l’expérience d’Antoine reste centrale : lorsqu’il ne sent pas un réglage, l’équipe cherche à comprendre pourquoi.

Un aileron illustre bien cette méthode. Marc propose un profil issu de ses calculs. Antoine doute qu’il fonctionne, mais accepte de l’essayer. Sur l’eau, il constate rapidement qu’il est plus performant.

La déformation, nouvelle piste de performance

Dans les sports de glisse, on cherche souvent la rigidité pour transmettre les appuis et garder le contrôle. Marc s’intéresse aussi à ce que la déformation du matériel peut apporter.

Dans la nature, une aile ou une nageoire s’adapte aux forces qu’elle reçoit. Reproduire cette adaptation sur une voile ou un foil est complexe : il faut maîtriser la forme, la stabilité et les vibrations. Les deux hommes évoquent le parallèle avec les volets d’un avion, qui modifient le profil de l’aile. Marc confirme que l’équipe explore des solutions de déformation active ou passive.

À ce stade, il s’agit d’un axe de recherche. L’enjeu est de comprendre comment le matériel se déforme sous l’effet de l’air et de l’eau, puis de concevoir une pièce qui adopte la bonne forme au bon moment.

Circularité et haute performance peuvent avancer ensemble

Pour Marc, l’écoconception n’est pas un sujet à traiter une fois le matériel dessiné. Elle entre dans les choix de matériaux et dans la façon de concevoir le produit. Les composites offrent des performances élevées, mais leur fin de vie reste difficile à gérer à grande échelle.

Le Zephir Project a présenté en 2026 un prototype SpeedEco conçu pour la circularité, puis l’a testé sur l’eau. Il associe notamment une résine recyclable et des fibres de carbone recyclées. La question reste entière : comment faire tenir ensemble recyclabilité, sécurité et performance dans des conditions de vitesse extrêmes ?

Un projet financé par les compétences autant que par l’argent

Zephir s’appuie sur des partenaires qui apportent des ressources différentes : ingénierie, simulation, data science, équipements, logiciels ou financement. Cette contribution en compétences rend accessibles des outils que le projet ne pourrait pas acheter seul.

Marc explique que le soutien financier par partenaire est plafonné à 80 000 euros afin de préserver l’autonomie du projet. Les partenaires contribuent aux déplacements, à la logistique ou au travail de sous-traitants, tout en apportant leurs savoir-faire.

Les collaborations peuvent venir de secteurs inattendus. Marc raconte comment un professionnel du cinéma d’animation a contribué aux travaux de motion capture. Lors d’une séance en soufflerie, l’équipe a aussi utilisé 18 iPhone 16 Pro pour filmer le matériel sous différents angles.

Le cap des 125 km/h

La prochaine étape est ambitieuse : Marc évoque un potentiel de 125 km/h. Antoine doit composer avec une difficulté très concrète : à ces vitesses, il faut aussi s’arrêter. À Lüderitz, le canal est étroit et la longueur disponible devient une contrainte.

L’équipe prépare de nouvelles tentatives, notamment à Lüderitz en 2027. Elle cherche aussi à aller vite avec moins de vent, dans des conditions plus faciles à trouver et sur une mer plus ouverte.

Une autre piste est celle d’un canal de vitesse en France, qui permettrait de multiplier les essais sans envoyer les riders à l’autre bout du monde. L’idée est là, le projet reste encore à construire. Creuser un canal dans une lagune ou un marais soulève des questions d’aménagement et d’acceptabilité environnementale.

Le point de départ de Zephir était une envie de records. Aujourd’hui, chaque run nourrit un projet plus large : faire dialoguer le rider, les ingénieurs, les partenaires et les matériaux pour comprendre comment aller plus vite et concevoir autrement.

Au programme de l’épisode

  • 📖 La rencontre entre Marc et Antoine,

  • 📊 Les capteurs, les simulations et le rôle des sensations

  • 🪶 La déformation contrôlée des voiles, foils et ailerons

  • 🤝 Le modèle de partenaires de Zephir Project

  • 💨 L’objectif des 125 km/h et la piste d’un canal de vitesse en France

REMERCIEMENTS

Cet épisode a été tourné à Dakhla lors du B2B Kite summit. Un grand merci à notre partenaire Kite & Connect pour l’organisation et les photos.

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P​​atrice Guénolé, shaper et fondateur de GONG

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