Comment un passionné de glisse a gagné le Vendée Globe ? - Yannick Bestaven | voile

« J’ai mis 12 ans pour revenir sur le Vendée Globe. »

À Dakhla, au B2B Kite Summit, Mathieu le taquine : tout le monde est sur l’eau et Yannick Bestaven est là pour parler. Lui aussi préférerait rider. Le vainqueur du Vendée Globe 2020-2021 a commencé par le windsurf, a beaucoup pratiqué le kite et navigue aujourd’hui en wingfoil.

« C’est vraiment mon échappatoire quand je ne suis pas sur l’eau avec mes bateaux. »

La glisse n’est pas une parenthèse dans son parcours. C’est le premier fil d’une histoire qui passe par le bassin d’Arcachon, une Mini Transat disputée dans la tempête, un démâtage dès son premier Vendée Globe et douze années avant de revenir au départ.

Le goût de la glisse avant le large

Originaire du bassin d’Arcachon, Yannick commence la voile en Optimist. Il passe vite à la planche à voile, puis aux régates en windsurf, au surf et au funboard.

« Ce qui me plaisait le plus, c’était d’aller dans les vagues à l’océan. »

Avant la voile, il avait aussi découvert la compétition en canoë-kayak.

Les premières régates lui réussissent, mais il sait que le talent ne suffit pas. « J’ai gagné les premières compètes sans savoir rien faire, mais après, j’ai beaucoup bossé. » Sur un bateau de course au large, le travail ne s’arrête pas à l’entraînement : il faut préparer le bateau, le faire évoluer, monter un projet et trouver des partenaires.

En Mini, apprendre par les galères

En 1999, après deux ans à construire son bateau, Yannick prend le départ de sa première Mini Transat. Une grosse dépression frappe la flotte. La direction de course conseille aux concurrents de rentrer. Lui refuse :

« J’y connais rien. Mais la course, c’est la course. Je rentrerai pas. »

Son bateau arrive très abîmé aux Canaries. Il termine neuvième de la première étape. La deuxième est encore plus rude : un safran casse, puis il perd son bidon de nourriture. La dernière semaine, il mange les biscottes et les gâteaux restés à bord.

Deux ans plus tard, il revient. Avec un bateau construit avec un ami, il remporte les deux étapes de la Mini Transat. Il retient surtout ce que les galères lui ont appris :

« Pour gagner, il ne faut pas avoir peur de perdre. »

Un mât brisé, puis douze ans loin du Vendée Globe

En 2008, Yannick dispute son premier Vendée Globe. Moins de 24 heures après le départ, son mât se brise. Seul au milieu du golfe de Gascogne, il passe plusieurs heures à scier le gréement à la main avant de ramener son bateau avec des moyens de fortune. « Pour moi, c’est un gros échec. »

À terre, sa deuxième fille vient de naître. Pendant que les autres skippers poursuivent leur tour du monde, les journalistes l’appellent pour commenter la course… Yannick se tourne alors vers un autre projet : avec un associé, il développe un hydrogénérateur pour les bateaux, qui donnera naissance à l’entreprise Watt&Sea.

Il revient progressivement à la course au large et remporte la Transat Jacques Vabre en 2011 avec Éric Drouglazet, puis en 2015 avec Pierre Brasseur. Le Vendée Globe, lui, attendra douze ans.

La course qu’il n’imaginait pas gagner

Pour son retour en 2020, Yannick vise une place dans les cinq premiers, peut-être le podium. Il ne pense pas à la victoire. Son bateau n’est pas le plus récent et ses foils sont plus petits que ceux de plusieurs concurrents. Il choisit de le connaître par cœur et de naviguer autant que possible.

Dans les mers du Sud, Kevin Escoffier annonce que son bateau s’est brisé en deux. Yannick fait demi-tour pour participer aux recherches. Quand la direction de course lui demande s’il accepte de revenir vers la zone, sa réponse tient en une phrase : « La question ne se pose pas. » Après plus de dix heures de recherches, Jean Le Cam retrouve Kevin vivant. Pour le temps passé au sauvetage, Yannick recevra une compensation de 10 h 15.

Sur la route du Cap Horn, les conditions montent jusqu’à 70 nœuds et une mer de dix mètres. Yannick explique que son expérience de la glisse l’aide à lire les vagues : « J’arrive à lire la vague, à replonger dedans, et ça, pour moi, c’est normal. J’ai fait ça tout le temps. »

À l’arrivée, Charlie Dalin franchit la ligne avant lui. La compensation liée au sauvetage change le classement : Yannick Bestaven remporte le Vendée Globe avec 2 h 31 d’avance. Une victoire qu’il résume ainsi : « Je gagne le Vendée Globe sans couper la ligne le 1er. »

Charlie Dalin, l’estime d’un concurrent

MORDU avait rencontré Charlie Dalin juste avant le Vendée Globe 2024. Dans cette conversation, Yannick Bestaven ne prétend pas avoir été son ami proche. Il parle d’un respect mutuel et décrit un homme « très discret, très humble », qui a travaillé chaque jour pour gagner. « Même la maladie n’aura pas empêché de le faire. »

Après cette rencontre de 2024, Charlie Dalin a remporté le Vendée Globe 2024-2025, puis est décédé le 11 juin 2026. À la lumière de cette disparition, les mots de Yannick rappellent la place qu’il occupait aux yeux de ses concurrents, sans effacer la distance qu’il décrit lui-même.

À Dakhla, la conversation revient à la glisse. Yannick est toujours heureux de retrouver les vagues en kitefoil ou en wingfoil. Il se dit aussi prêt à conseiller Nicolas Parlier sur son projet de traversée de l’Atlantique en kitefoil autonome. Une anecdote parmi d’autres dans cet échange, et une façon de retrouver ce qui l’anime depuis le début : la mer, le mouvement et l’envie de tenter.

Les temps forts de l’épisode

  • 🌊 Ses débuts sur le bassin d’Arcachon, entre Optimist, windsurf et vagues de l’océan

  • ⛵ La Mini Transat 1999 et les leçons tirées de ses galères

  • 🔧 Le démâtage de 2008 et les douze années avant son retour au Vendée Globe

  • 🛟 Le demi-tour de Yannick pour participer au sauvetage de Kevin Escoffier

  • 🏁 Une victoire au Vendée Globe décidée par la compensation de temps

  • 🎯 Le regard de Yannick sur Charlie Dalin

  • 🪁 Le kitefoil et la wing comme échappatoires entre deux projets de course

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