Nicolas Parlier : Dunkerque-Nice en kitefoil, 15 jours, sans bateau
" J'avais toujours rêvé de ça. C'est presque un cadeau que je me suis fait "
Il y a des champions qui arrêtent la compétition et disparaissent tranquillement. Et il y a ceux qui, le jour où ils posent le dossard, décident de faire quelque chose que personne n'avait encore fait.
Relier Dunkerque à Nice en kitefoil, en longeant toutes les côtes de France. En 15 jours. Sans bateau de sécurité.
Nicolas Parlier est quatre fois champion du monde de kitefoil. Il aurait pu lever le pied. Il a préféré se faire un cadeau.
Un échange direct, humble et parfois vertigineux avec un explorateur qui a choisi la liberté par le minimalisme, pour comprendre ce que "aller au bout" signifie vraiment quand personne ne vous attend à l'arrivée.
L’exploit de Nicolas a commencé par les plages du Nord. Crédit photo @Antoine Lorin
L'étincelle, c'était une vidéo de 2009
Nicolas Parlier a grandi à Arcachon, avec un père passionné de course au large. Les chantiers navals, les départs de régate, l'odeur du matos : la mer est dans son bain depuis l'enfance.
Mais c'est une vidéo tombée un peu par hasard qui allume quelque chose de particulier. Quatre kiteurs partent de Propriano et arrivent à Calvi. Simple. Immense.
"Je me suis dit : waouh, le kite, c'est vraiment un bateau en fait."
Depuis, il enchaîne les championnats du monde, les podiums, les titres. Mais en parallèle, il court les étapes de longue distance autour de la France : Wimereux, Fréjus, Arcachon, toute la Bretagne. Et progressivement, une idée prend forme : et si on connectait toutes ces étapes ?
Le déclencheur final, c'est la fin de sa carrière de sportif de haut niveau. Il a un peu d'argent de côté. Il a le temps. Il a le van.
Il se fait un cadeau.
Sans bateau, et c'est pas un détail
La règle fondatrice du projet : aucun bateau de sécurité. Pas par bravade. Par logique, par philosophie, et franchement aussi par budget.
Un bateau de sécu sur un tour de France, c'est une complexité logistique énorme. Comment le faire attendre quand on ne sait pas encore sur quelle plage on va atterrir ? Comment le faire passer devant une centrale nucléaire, dans un port industriel, dans une anse où il n'y a pas deux mètres de fond ?
"Quand je disais à un sponsor que j'allais faire le tour de France sans assistance, les mecs tombaient de leur chaise. Je suis content de l'avoir fait, parce que maintenant, ils vont vraiment tomber de leur chaise."
Pas d'autorisation administrative demandée non plus. Si on demande, il faut donner une date. Et une date avec le mauvais vent ne sert à rien. Alors : un départ au dernier moment, quand la météo est juste, un gros flux de nord-est dans la Manche. C'est parti.
Les magnifiques côtes bretonnes. Crédit photo @Antoine Lorin
Comment préparer un kitefoil pour traverser la France en sécurité
Ce qui frappe dans la préparation de Nicolas, c'est qu'elle lui ressemble exactement : minimaliste en apparence, rigoureuse jusqu'au moindre détail.
Un pilote d'hélicoptère lui a un jour expliqué qu'un seul système de sécurité est égal à zéro. Il peut tomber en panne. Il peut prendre l'eau. Il peut manquer de batterie. Le principe est simple : un égal à zéro. Donc il en faut au moins deux, toujours.
Son protocole sur les longues étapes : un iPhone classique, un téléphone satellite pour les zones sans réseau, une VHF en scan permanent pour parler avec les bateaux et le Cross MRCC, et une balise PLB pour le scénario le plus noir. Quatre moyens. Pas un.
Et puis les palmes. Accrochées au harnais. Pour nager si le vent tombe loin des côtes, pour rentrer plus vite si le kite lâche. Une idée venue des vieux de la vieille de Bretagne.
"La règle, c'est ne pas s'écarter plus que la distance que tu pourrais faire à la nage. Et ils ont pas tort."
Il s'est aussi entraîné à lancer un kite de secours en pleine mer. Pas sur une plage. En pleine mer. Parce que si le kite lâche à 20 nautiques des côtes, il faut pouvoir en sortir un deuxième, tout seul, dans les vagues.
Ce n'est pas une aventure improvisée. C'est une aventure préparée pour ressembler à une aventure improvisée.
8 degrés, et la peur
Dunkerque, début mai. Il se met à l'eau. Il ne fait pas demi-tour pour prendre une photo au départ. Vingt minutes après, il tape un premier caillou. L'eau est à 8°C. Le ressenti, à 5°C avec le vent de face.
"Normalement, j'ai jamais froid. Et là, j'avais froid aux pieds. J'avais cahité des heures sans chaussons, l'hiver à Arcachon. Et là c'était vraiment plus engagé."
Le deuxième jour, une barre au crâne causée par la cagoule trop serrée et le froid ne le quittera pas jusqu'à l'arrivée de l'étape. Ce sont les moments qu'on ne voit pas dans le film. Nicolas le dit lui-même : il n'utilisait pas sa caméra.
Il avait peur.
La traversée depuis Cherbourg vers la Bretagne Nord, deux jours plus tard, est le moment le plus engagé. 8 nœuds au départ, un plafond bas, 4 nœuds de courant, et des côtes normandes où si tu tombes au pied d'une falaise entre Dieppe et Étretat, il n'y a personne pour venir te chercher.
"Entre Dieppe et Étretat, il n'y a personne qui va venir me chercher. Appelle ton assistance à terre, et ils n'ont pas où chercher."
Arriver en Bretagne avant la chaleur. C'est le seul objectif des premiers jours.
Antoine Lorin et le van
L'équipe se résume à deux personnes : Antoine Lorin, kiné de formation et réalisateur par passion, et Aurélie, la copine de Nicolas, venue des Caraïbes pour conduire le van dans le froid normand.
Nicolas avait démarché d’autres professionnels pour le film. Les devis l'avaient refroidi. Et puis il avait croisé Antoine, vu ses photos, senti le feeling.
"Quand je lui ai proposé de faire ça, j'ai tout de suite senti la flamme qu'il avait en lui de partager l'aventure. Il m'a dit : moi, l'attente, t'inquiète, ça me va."
Le budget total du projet : 50 000 euros. 16 000 pour l'animation 3D. 15 000 pour la réalisation. 4 500 pour le van sur 6 000 km. Nicolas ne s'est pas payé. Aurélie non plus.
Aurélie, présente lors de l'enregistrement dans le van, dit ce qui a été le plus dur :"Le suivre, aller au même rythme que lui, arriver au bon endroit. Ne pas le faire attendre quand il arrive."
La DREAM team : Aurélie, Nico, Antoine. Crédit photo @Antoine Lorin
La France vue depuis l'eau
Il y a quelque chose que Nicolas n'avait pas anticipé. Le littoral français, département par département, vu depuis l'eau.
La mer spectaculaire dans le Nord. Les plages du Débarquement, avec cette chose qui se passe quand on arrive dessus depuis la mer et pas depuis la route.
"C'était violent, froid, gris et marron. Et j'ai eu une espèce de sensation d'ambiance de guerre et de mort à cet endroit-là."
Puis la Bretagne turquoise. Puis l'Atlantique. Puis la Méditerranée avec un bob sur la tête parce que le soleil tape.
En neuf jours, une France entière.
Il ne met pas le chrono en avant dans le film. Pas de stats Strava. Juste les étapes, les images, le parcours. Le but n'était pas de faire un record. Le but était de se balader.
Crédit photo @Antoine Lorin
Le prochain : traversée Toulon-Bastia sans bateau
La page de la compétition est tournée. La page de l'exploration est grande ouverte.
Au moment de l'‘enregistrement de l’épisode, Nicolas préparait la traversée Toulon-Bastia, seul, sans bateau de sécurité. Au milieu, il y aura 90 km d'eau derrière lui et 90 km devant. Plus de côte visible nulle part.
"C'est là que c'est un peu pimenté. Mais c'est là que ça m'intéresse aussi."
Il a une planche sur laquelle il peut installer un moteur. Un radeau de survie. Un exploit qu’il a depuis réalisé, en un temps record.
Le film sur grand écran : Sailorz Hoalen Sunset Tour
Le film que Nicolas et Antoine Lorin ont tourné pendant ce tour de France, on a eu la chance de le voir pendant le Défi Wind. Et franchement, ça mérite un grand écran.
Bonne nouvelle : c'est exactement ce que propose la première édition du Sailorz Hoalen Sunset Tour. Une tournée de projections de films de glisse et de voile, itinérante, sur les côtes de France fin juillet 2026. Le film de Nicolas fait partie de la sélection, aux côtés de deux autres films. Sept dates, de Deauville à Pornic en passant par Dinard et La Baule.
MORDU est partenaire de cette tournée. On a des places à gagner en story Instagram.
Toutes les dates et la billetterie sur sailorzfilmfestival.com.
Crédit photo @Antoine Lorin
⚡ Temps forts
🥶 8°C dans la Manche : cagoule trop serrée, barre au crâne toute la journée, froid aux pieds pour la première fois de sa vie en kite.
🎣 Le filet de pêche : emmêlé dedans, une des situations les plus proches du naufrage de tout le voyage.
🏊 1 km de palmes en Bretagne-Sud : plus de vent, voile pliée sur la planche, nage jusqu'à la plage. Un bateau à voile passe à côté à 1 nœud. "Ça va ? Bah oh, ça palme !"
📻 Les Cross MRCC : toujours sympas, de plus en plus confiants au fil des étapes. Dont un Polynésien dans le Nord qui l'a traité de grand taré, et que Nicolas regrette de ne pas avoir enregistré.
🌊 Les plages du Débarquement : une sensation physique en passant dessus depuis la mer. Froid, gris, la mer méchante.
💸 50 000 euros et zéro sponsor au départ : "Je partais de rien. Et quand je disais que j'allais faire ça sans assistance, les mecs tombaient de leur chaise."
🌅 Dunkerque à Nice en 9 jours : la Manche en nord-est, la Bretagne avant la chaleur, la Méditerranée sous le bob.
À découvrir sur MORDU
ep. 49 – Erwan Jauffroy – "Après la Corse, cap sur la Manche"
ep. 44 – Pierre Mortefon – "Champion du monde et toujours insatisfait"
Ressources de l'épisode
Ce dont on a parlé
Mathieu Girollet a réalisé le premier tour de France en kitefoil en 2017 : c'est lui qui a prouvé à Nicolas que c'était possible.
Rob Douglas, recordman du monde de vitesse à la voile, est le mentor de Nicolas. On le voit dans le film.
Le Défi Wind, où Nicolas et Mathieu se sont croisés.
La balise PLB, le kite de secours à lancer en pleine mer, les fusées parachute (300 mètres de hauteur, visibles à 20 nautiques) : le kit complet de sécurité longue distance.
L'invité recommande
Le film du tour de France de Nicolas Parlier est en cours de diffusion sur les festivals de films de glisse. Disponible en accès libre sur YouTube ou Uptrack à partir de fin 2026. À suivre sur son compte Instagram.