Comment reprendre la compétition après avoir frôlé la mort - Antoine Martin | windsurf

" Je suis passé pas loin de me tuer"

Six ans après notre premier épisode, enregistré en Guadeloupe au tout début du wingfoil, Antoine Martin est de retour sur MORDU.

À l’époque, nous avions enregistré chez son père, dans son atelier de réparation à Sainte-Anne. Le wingfoil commençait tout juste à émerger. Antoine envoyait déjà du lourd sur le tour, tandis que son chien Byron se promenait entre nous pendant l’enregistrement.

Depuis, le Covid a interrompu le World Tour, Antoine a changé de sponsor, retrouvé le plus haut niveau et continué à repousser les limites du windsurf. Mais une chute à Hawaï aurait pu mettre un terme à sa carrière, voire lui coûter la vie.

Antoine Martin, crédit : MYSTIC

Une carrière MISE SUR PAUSE par le Covid

Mars 2020. Quelques jours après l’enregistrement de notre première épisode ensemble, le COVID débarque.

Le circuit mondial s’arrête. Deux saisons sont annulées. Antoine, qui avait l’habitude de voyager en permanence, retrouve une vie beaucoup plus ordinaire en Guadeloupe. Il fait des petits boulots, reste auprès de sa famille et découvre un quotidien plus posé.

Cette pause lui fait du bien. Mais lorsqu’il reprend la compétition, il doit réapprendre à être un sportif de haut niveau. Retrouver le rythme des voyages, l’envie de gagner, la pression des résultats et le mental du compétiteur lui demande beaucoup plus de temps qu’il ne l’imaginait.

Antoine Martin, crédit : MYSTIC

Hawaï : une chute dont trente secondes ont disparu

La blessure arrive en pleine saison, alors qu’Antoine doit enchaîner une étape au Chili puis une compétition à Hawaï.

Après un mauvais résultat au Chili, il décide d’arriver en avance à Maui pour profiter des conditions et s’entraîner avant les autres concurrents. Il commence par naviguer à Ho’okipa, sur le North Shore. Le vent souffle à près de 30 nœuds, le swell est puissant et les conditions sont trop engagées pour prendre du plaisir. Antoine casse son mât, finit dans les blocs et doit être récupéré par les sauveteurs en jet-ski.

Il change alors de spot et se rend sur une zone qu’il considère comme plus accessible. Mais le swell reste puissant, la marée est basse et, dès sa deuxième vague, il part sur un aerial à pleine vitesse.

Il lâche son matériel et percute sa planche ou son mât avec la tête.

Lorsqu’il remonte sur sa planche, l’adrénaline lui permet de minimiser la situation. Mais quelques instants plus tard, il réalise qu’il ne se souvient plus de ce qui vient de se passer. Environ trente secondes ont disparu.

Son oreille est partiellement arrachée. Il souffre de nombreuses contusions, d’un œil au beurre noir et d’une dent cassée. À l’hôpital, un médecin lui explique que le cartilage de son oreille a absorbé une partie de l’impact et lui a probablement évité un choc encore plus grave. Antoine était passé près de la noyade.

Revenir à l’eau ne suffit pas

La tête guérit en quelques mois. Son oreille, elle, mettra près d’un an à se consolider.

Dans les jours qui suivent l’accident, Antoine ressent les effets du traumatisme. Il dort beaucoup, se sent mal et se met à pleurer sans vraiment comprendre pourquoi. Il doit finalement s’arrêter pendant trois mois.

Le plus difficile n’est pas seulement de retrouver ses capacités physiques. C’est de retrouver son état d’esprit.

Même après son retour à l’eau, Antoine ne se sent plus immédiatement comme un compétiteur. Il lui faudra près d’un an et demi pour retrouver complètement son niveau et sa confiance.

Son conseil est simple :

« Prendre le temps de guérir et de faire ce qui est nécessaire pour revenir plus fort. »

Une phrase qui vaut pour les blessures, mais aussi pour toute une carrière. Antoine explique qu’il faut accepter de ralentir, apprendre à se connaître et ne pas brûler les étapes.

Antoine Martin, crédit : MYSTIC

Le casque ne protège pas de tout

Après son accident, Antoine porte un casque à chaque session. Son oreille est devenue tellement fragile que naviguer sans protection le met presque en panique. Avec le temps, il apprend pourtant à mieux mesurer ce que le casque peut et ne peut pas faire.

Une protection adaptée peut sauver une vie. Mais elle peut aussi provoquer un excès de confiance. Antoine raconte notamment avoir enchaîné les doubles rotations avec le sentiment d’être protégé. Il répétait les mêmes chutes, jusqu’à se faire mal à l’autre oreille et à ressentir les effets des impacts répétés.

Le casque protège d’un choc direct. Il ne supprime ni les coups du lapin, ni les traumatismes crâniens, ni les conséquences d’une mauvaise chute.

Dans un sport où les riders peuvent sauter à plus de dix mètres de haut en boardshort, Antoine défend aujourd’hui une approche pragmatique : choisir les protections adaptées aux conditions, sans leur demander de remplacer l’expérience et la maîtrise de la chute.

Antoine Martin, crédit : MYSTIC

« Envoie toujours à 100 % »

Malgré l’accident, Antoine n’a pas renoncé à ce qui fait son identité de rider. Son mantra reste le même :

« Envoie toujours à 100 %. Le jour où tu ne te sens plus d’envoyer, t’arrêtes ta carrière. »

Pour lui, le windsurf est un sport extrême. Il n’a pas envie de le pratiquer à 80 %. Ce qui le motive, c’est de chercher de nouvelles manœuvres, de sortir des figures déjà maîtrisées et de voir jusqu’où il peut repousser les limites de la discipline. Lors d’une compétition récente, une vague ne se prêtait pas vraiment à une manœuvre traditionnelle. Elle n’était ni assez grosse, ni assez petite. Antoine décide alors de tenter une figure qu’il ne pose pas régulièrement, une rotation d’extra-terrestre envoyée sans les mains. Elle passe parfaitement.

Le public réagit, Antoine lève les bras et célèbre immédiatement sa réussite. Pourtant, les juges ne lui attribuent qu’un peu plus de 7 sur 10. Une note qu’il trouve sévère pour une figure aussi rare, d’autant qu’il s’agit d’un mouvement qui n’avait encore jamais vraiment été réalisé en compétition.

Pour Antoine, certains 10 ne récompensent pas seulement une vague. Ils récompensent aussi les années de travail, les centaines de chutes et le risque pris pour faire progresser un sport.

Plus que les résultats

Au moment de l’enregistrement, Antoine vient de passer quatrième mondial après une contre-performance. Une place qui reste exceptionnelle, mais qui ne correspond pas tout à fait à ses ambitions.

Il assume pourtant de continuer à naviguer selon son propre style. Même lorsque cela ne fonctionne pas, il préfère prendre des risques et rester fidèle à ce qu’il aime. Avec l’expérience, il a compris qu’une carrière sportive ne se résume pas aux classements.

Les voyages, les rencontres, les cultures découvertes aux quatre coins du monde et la liberté restent au moins aussi importants que les résultats. C’est aussi ce qu’il souhaite transmettre aux jeunes riders qui veulent suivre le même chemin. Pas leur promettre une carrière facile. Mais leur permettre d’éviter certaines galères qu’il a lui-même traversées.

Antoine Martin, crédit : MYSTIC

Rendre les sports nautiques plus accessibles

Antoine porte également un regard lucide sur l’avenir des sports nautiques.

Pour lui, le principal frein n’est pas toujours le sport lui-même, mais l’accès à sa pratique. Une école, du matériel disponible à la location, un spot proche et des infrastructures adaptées peuvent tout changer.

Il cite l’exemple du lac de Garde, en Italie, où les clubs permettent de découvrir facilement la planche à voile, le wingfoil ou le foil avec du matériel prêt à naviguer.

Une manière simple de transmettre le plaisir de la glisse, sans demander aux débutants d’acheter immédiatement tout un quiver ou de transporter du matériel lourd pendant des heures.

Antoine est encore pleinement engagé dans sa carrière. Mais il commence déjà à réfléchir à la suite : accompagner les jeunes, partager ses conseils et montrer qu’il existe plusieurs façons de construire sa vie autour du windsurf.

Les temps forts de l’épisode

  • 🌊 Le Covid et l’arrêt brutal du World Tour.

  • ✈️ Les débuts d’Antoine à 18 ans et ses premières années de voyage.

  • 🩸 L’accident à Hawaï et les trente secondes dont il ne se souvient pas.

  • 🧠 Les trois mois d’arrêt et le long retour du mental de compétiteur.

  • 🪖 Le casque, les protections et le faux sentiment de sécurité.

  • 🤙 Une manœuvre exceptionnelle en compétition, notée seulement un peu plus de 7 sur 10.

  • 🌍 L’accessibilité des sports nautiques et la transmission aux jeunes riders.

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