Marion Mortefon : tenir son cap, contre vents et marées
« Rien n’est impossible si on se donne les moyens »
À quelques jours du Défi Wind, nous avons retrouvé Marion Mortefon à Gruissan, sur ses terres.
Dans quelques jours, plus de mille riders vont s’élancer sur l’un des événements les plus emblématiques de la glisse mondiale. Pour Marion, ce n’est pas une compétition comme les autres. C’est ici qu’elle a appris la planche à voile. Ici qu’elle a grandi avec la Tramontane. Ici qu’elle a remporté certaines de ses plus belles victoires.
Championne du monde, pionnière du foil, coach, maman depuis quelques mois, Marion nous ouvre les portes de son parcours avec beaucoup de sincérité.
Une conversation qui parle de performance, de confiance en soi, de maternité, de préparation mentale et de passion.
Une enfance bercée par la Tram’
Chez les Mortefon, rien ne prédestinait particulièrement les enfants à devenir des figures du windsurf mondial.
Leurs parents ne viennent pas du milieu de la voile. Pourtant, en vivant à Port-la-Nouvelle, à quelques mètres de la plage, Marion, Pierre et leur petit frère découvrent rapidement la planche à voile dans un club local.
Très vite, Marion accroche.
Elle se souvient encore du jour où elle réussit à mettre son pied dans un strap pour la première fois. Une sensation fondatrice.
« J’ai bien accroché tout de suite. C’était un sport technique, exigeant, mais j’ai adoré. »
Le pari fou : quitter un poste d’ingénieure pour vivre de sa passion
Diplômée ingénieure qualité, Marion débute sa carrière dans l’industrie.
Un parcours rassurant. Stable.
Mais au fond, quelque chose la pousse ailleurs. Après plusieurs années sur le circuit mondial et des premiers résultats significatifs, elle prend une décision radicale : quitter son emploi pour tenter de vivre de la planche à voile. Une décision loin de faire l’unanimité.
« Quand j’ai annoncé à mes parents que je démissionnais, ils ne m’ont pas parlé pendant trois semaines. »
Avec le recul, elle ne regrette rien.
Cette décision lui permettra de construire progressivement une carrière unique mêlant compétition internationale, coaching, stages et accompagnement de riders.
Le Défi Wind : la victoire qui change tout
Parmi les nombreux moments marquants de sa carrière, Marion cite spontanément sa victoire au Défi Wind 2015. Une édition dantesque. Du vent à plus de 40 nœuds. Des conditions extrêmes.
Toutes les meilleures rideuses mondiales présentes au départ.
Jusqu’alors souvent deuxième, Marion franchit ce jour-là un cap psychologique.
« C’est la première fois où j’ai battu toutes les filles que je regardais jusque-là devant moi. »
Une victoire fondatrice qui lui donne la conviction qu’elle peut rivaliser avec les meilleures.
Championne du monde grâce au travail
Lorsque nous lui demandons ce qui explique son ascension jusqu’au titre mondial, Marion répond sans hésiter :
« Je pense que c’est le travail et la passion qui m’ont amenée là. »
Sa progression s’est construite étape par étape. Avec des périodes de stagnation. Des doutes.
Des remises en question.
Et surtout un énorme travail mental.
Aujourd’hui, Marion est d’ailleurs diplômée en préparation mentale et accompagne d’autres sportifs dans cette démarche.
Le grand défi olympique
Après ses succès en slalom et en foil, Marion décide de se lancer dans un nouveau projet : la campagne olympique pour Paris 2024 en iQFoil.
Un défi immense. Nouvelle discipline. Nouveaux parcours.
Nouvel environnement.
Elle ne décroche finalement pas sa qualification pour les Jeux. Mais elle ne parle jamais d’échec. Au contraire.
« Ça m’a appris énormément de choses. »
Avec le recul, elle estime même que sa principale erreur fut peut-être de ne pas avoir suffisamment cru en elle dès le départ.
« Je me suis mise dans une case en me disant que c’était nouveau pour moi. Avec le recul, j’aurais dû croire davantage en mes capacités. »
Une réflexion particulièrement inspirante pour tous ceux qui hésitent à se lancer dans un nouveau projet.
Maternité et sport de haut niveau : casser les idées reçues
L’un des passages les plus forts de l’épisode concerne sa grossesse. Marion raconte avoir continué à naviguer jusqu’à quelques jours avant son accouchement. Non pas par provocation.
Simplement parce qu’elle se sentait bien. Pourtant, elle a dû faire face à de nombreuses remarques et injonctions.
« J’ai reçu beaucoup plus de remarques de personnes qui avaient peur pour moi que de professionnels de santé. »
Elle milite aujourd’hui pour une approche plus positive de la grossesse sportive.
Une approche basée sur l’écoute de soi plutôt que sur la peur.
« Je pense qu’il faut arrêter de faire peur aux femmes. »
Un témoignage rare et précieux dans l’univers du sport outdoor.
La préparation mentale : le vrai levier de performance
S’il y a un fil rouge qui traverse toute cette conversation, c’est bien celui-là. Pour Marion, la performance ne se joue pas uniquement dans les bras ou les jambes.
Elle se joue surtout dans la tête. Apprendre à accepter l’erreur. Ne plus ressasser.
Se concentrer sur ce qui vient plutôt que sur ce qui est passé.
« Quand quelque chose est terminé, on ne peut plus revenir dessus. »
Une philosophie qui résonne bien au-delà du sport.
Et maintenant ?
À 33 ans, Marion continue à naviguer, à coacher et à transmettre. Elle prépare son retour au Défi Wind après la naissance de sa fille. Avec un état d’esprit différent. Plus serein.
Plus détaché du résultat. Mais toujours aussi passionné.
« Je suis simplement heureuse d’être sur la ligne de départ. »
Temps forts de l’épisode
🌊 2015 - Double déclic : premier podium en Coupe du Monde ET première victoire au Défi Wind, dans des conditions à 40+ nœuds. L'année où tout change.
✉️ 3 semaines - Le silence de ses parents après l'annonce de sa démission. Elle a tenu le cap seule.
🧠 Préparatrice mentale diplômée -Marion a passé un diplôme de préparation mentale pour comprendre ce qui lui avait coûté des places. Elle l'enseigne maintenant dans ses stages.
🤰 8 mois de grossesse sur l'eau - Harnais sur le ventre, regard baissé sur la plage. Un choix conscient, médicalement validé, socialement dérangeant.
👶 Violette - Née en août 2025. Quatre jours après le terme. Trois jours après la dernière session de navigation.
🏆 Dernière victoire avant la naissance - Elle gagne la dernière Coupe du Monde de Slalom 2024. Elle était enceinte de trois mois.
🇯🇵 Finale au Japon - Trois mois post-partum, elle prend l'avion pour la finale mondiale avec sa fille et son compagnon. La compète rallume quelque chose.
🏁 Défi Wind 2026 - Retour en compétition. Neuf mois après l'accouchement. Sur la plage de son enfance.
À découvrir sur MORDU
Pierre Mortefon — La FAT INTERVIEW (ep. 44) : Le frère aîné, double champion du monde, raconté de l'intérieur.
Capucine Delannoy — FAT INTERVIEW (ep. 43) : Une autre trajectoire féminine dans la glisse haute performance.
Laura Pineau — FAT INTERVIEW (ep. 45) — Les coulisses d'une championne qui trace sa voie.
Liens et références
Mortefon Watersports : l’écolle de Marion et ses deux frères !
Défi Wind
Gruissan
HWO
iQFoil
Les athlètes qui inspirent Marion ? Les cyclistes Pauline Ferrand-Prévot et Demi Vollering